Les dires de Tata Wolf

                                                                    

Aujourd’hui, journée porte ouverte  d’une usine de la ville chère à mon coeur. Ni une ni deux, je remonte mes bas et me remue le popotin pour y aller. Et surtout, y être la première. Devant la porte, personne. Curieuse, je découvre que c’est ouvert et j’en profite pour me faufiler à l’intérieur. Alors, ce fut le coup de foudre ! Lorsque mes yeux se sont déposés sur lui, j’ai cru défaillir.

Mais…

Alors que je suis sur le point d’aller le prendre dans mes bras pour lui faire comprendre l’ampleur de mes sentiments amoureux, il devient prisonnier d’un tas de ficelles et tombe aussitôt sur le tapis roulant. Terriblement inquiète de perdre mon nouvel amour, je décide de le suivre pour ne pas le perdre une seule seconde des yeux. Il doit bien avoir une manette pour arrêter toutes ces machines folles !

Avec effroi, je le vois être saucissonné. Il va étouffer nom d’un caddie ! J’essaie de m’approcher, mais les vapeurs et autre bruits me font peur. Je ne suis qu’une pauvre vieille dame, que puis-je faire contre la robotique de nos jours ? C’est donc sur un pas tremblant, et de mes quelques plaintes terrifiées, que je suis mon précieux sans le lâcher d’une semelle. Il passe alors dans un énorme tuyau, et se brise quelque chose car un crac sinistre me parvient aux oreilles. Je sanglote, je ne voulais pas perdre l’objet de mon désir alors que je venais de le trouver ! Juste avant la fin de chaîne, le voilà haché menu. Je pouvais voir les instruments, de type hachoir, s’abattre sans pitié sur son pauvre corps meurtri. Ses entrailles et autres parties de son anatomie sont éparpillées partout. J’ai si peur de voir le résultat final

En allant à la toute fin de ce tapis infernal, je me ronge les ongles d’angoisse. Dans quel état sera-t-il après toutes ces épreuves absolument horrifiantes ? En pleurant de plus belle, je recueillis ce fraisier, autrefois si magnifique dans son état sauvage, et désormais complètement transformée par la société. Je m’en allais, en jetant des coups d’oeil triste à ces petites fraises qui n’auraient pas dû subir un tel supplice. Une fois à la maison, je le mettrais dans le plus beau pot disponible pour tenter de lui rendre une existence plus agréable que ce à quoi il était destiné…



Illu' par Wilhemina Compton votre Photographe Préférée

Article par Patty Ghe'z votre Tatie préférée

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