Par Matka_Omen le 16 juil. 2021, 18h50

Dans la dernière édition, nous avions admis que les Serpentard, s’ils se targuent de former l’élite de Poudlard, sont particulièrement biaisés en faveur d’un élitisme social, dit inné, et ce probablement plus que les autres maisons. Les verts et argents aiment le chic des manoirs familiaux, le confort des familles 100% magiques, le faste et le poids de la noblesse, presque autant que les regards glacials, les haussements de sourcils hautains et le piquant d’un sarcasme travaillé. Cependant, nous le savons bien, ce n’est pas parce que nous apprécions l’idée d’amasser les privilèges au berceau que nous nous contentons de ces acquis. Contrairement à certains sorciers du canon *toussote* Crabbe et Goyle *toussote*, les élèves de Serpentard sur P12 se targuent tous d’avoir le talent en plus de la naissance.
Mais quel talent apprécions-nous donc tant ? Quelles qualités sont les plus choyées dans notre Salle Commune ? Loin de nous l’idée de prétendre que notre maison a le monopole du génie (encore que), nous savons bien que les sorciers ont le droit d’avoir un don sans porter la cravate verte et argent. Mais l’héroïsme bravache des Gryffondor (que nous considérons parfois comme un manque flagrant d’instinct de survie), l’intelligence studieuse des Serdaigle (que nous trouvons souvent gâchée par manque de pratique), et la joviale patience des Poufsouffle (que nous appelons en général niaiserie dans notre coin des cachots) ne sont pas des attributs valorisés chez les reptiles. Alors, quelles sont les qualités d’un véritable Serpentard ?
A en croire les valeurs de la maison, il faut d’abord être fier, ambitieux et rusé. Ces trois valeurs se traduisent par des traits de personnalité plus ou moins appréciables. Comme tous les principes, ils sont bons à suivre, avec modération. Pour un Gryffondor, trop de courage amène vite à une pris de risque inconsidérée. A Serdaigle, l’amour du savoir peut aisément justifier les recherches les moins recommandables, au nom de la science comme diraient certains moldus. Chez Poufsouffle, la gentillesse serviable des élèves peut facilement les transformer en paillasson relationnel. Et à Serpentard ?
La fierté, c’est l’assurance de ce que l’on est, personnellement ou par appartenance, et de ce que l’on a accompli, une forme d’amour de soi construite sur la base solide de nos acquis. C’est une forme d’honneur, de dignité personnelle, qui se suffit à elle-même, et qui accompagne généralement la volonté de se dépasser, d’aller au-delà de soi. La fierté est un respect autonome de sa propre personne, qui doit sans cesse se justifier à lui-même en réalisant ce qui le nourrit et en refusant ce qui attaquerait son intégrité : être fier, c’est être, savoir que l’on est, et avancer pour demeurer. Mais il est facile de basculer de cette fierté, certes égocentrée, à la vanité ou l’arrogance. Ces deux défauts se distinguent notamment par leur caractère injustifié et sa dépendance à autrui. La vanité et l’arrogance sont proches de la fierté, et y sont souvent associées, car la frontière entre eux est ténue : de l’un à l’autre, il n’y a qu’un pas, et qu’il est facile à faire, ce pas ! Mais voilà, si on veut s’en tenir à la fierté, il ne faut jamais perdre de vue qu’elle est raisonnée et autosuffisante. La fierté doit rester fondée et mesurée. La fierté ne nécessite pas l’approbation d’un autre, seulement la nôtre. Quand on commence à sombrer dans la satisfaction, et non simplement l’estime de soi ; quand on ne supporte pas d’être remis en cause et de devoir justifier ses sentiments ; quand on cherche la reconnaissance d’autrui plus que la sienne ; quand on tente d’imposer sa supériorité en blessant plutôt qu’en s’élevant, alors, la fierté n’est plus. Être fier, être Serpentard, cela signifie d’abord chercher la gloire intérieure de ses propres accomplissements et de ceux de sa maison, se repaître et grandir dans la réussite, nourrir encore et toujours le respect que l’on se porte. C’est un travail qui ne connaît pas de satiété, qui doit se justifier pour se maintenir et ne peut se reposer sur ses lauriers. S’appuyer sur une gloire passée est une paresse indigne du travail d’équilibriste inlassable qu’exige cette valeur finalement peu charitable qu’est la fierté.
Mais de quoi pouvons-nous être fiers ? De l’ambition, bien sûr, qui est, dans notre maison, à la fois carotte et bâton. Il y a des Serpentard ambitieux. D’autres qui ont des ambitions. Les deux coexistent sans mal, chacune trouvant la gloire de ce qu’il est dans sa réalisation. Les premiers désirent plus, cherchent à obtenir plus, à s’imposer, à grimper. Jusqu’où ? Ils ne le savent pas. Mais ils en veulent, cherchent à obtenir de la vie tout ce qu’elle peut leur donner et plus encore, et le but en lui-même n’est pas la destination mais l’insatiable besoin de savoir qu’ils peuvent, la réalisation de soi à chaque étape, l’avancement progressif de sa personne et la satisfaction d’avoir prouvé au monde qu’ils sont au sommet de leur art. Mais, parce que l’herbe est toujours plus verte ailleurs, cette quête est peut-être la plus risquée de toutes, car elle ne connaîtra jamais de fin. Il existera toujours un sommet plus haut, un poste plus attrayant, une envie de plus, et cet appétit titanesque peut-être frustrant et dangereux pour toute personne qui s’élance dans une telle conquête sans reconnaître que la véritable finalité est dans le processus lui-même. Les deuxièmes ont des objectifs multiples, arrêtés, et dirigent leur vie dans le seul but d’assouvir ces ambitions. Elles peuvent être simples et mesurées comme grandiloquentes, mais elles ne demandent qu’à être assouvies. Certains veulent obtenir un poste particulier, une récompense spécifique, vivre à un certain endroit dans une certaine maison, avoir une famille comme ceci ou comme cela, et cette multitude d’exigences dessine le tableau d’une vie selon eux parfaite et d’un bonheur accompli. Le risque, évidemment, est de voir un seul trait discordant défaire l’écheveau de cette peinture idyllique. Que faire, alors, quand un pilier de la vie romancée s’écroule et que toute l’histoire devient bancale ? Sombrer ? Certains le font. Après tout, quand on a rêvé de la perfection toute sa vie, quand on s’est efforcé de l’atteindre un peu plus chaque jour, on ne peut pas se satisfaire d’une réalisation en demi-teinte, d’une vie incomplète. L’ambition, si respectée à Serpentard, motivation et source de fierté absolues, est aussi un gouffre toujours prêt à s’ouvrir sous nos pieds.
C’est donc pour éviter de tomber que la ruse complète ce triumvirat de valeurs. Après tout, peu importe que l’abîme se révèle soudain sous nos pieds si on a un Eclair de Feu entre les jambes, n’est-ce pas ? Ou un Sombral, chacun son style. Peu importe ce qui nous sauve, donc, l’important est d’être adepte de gymnastique mentale. La ruse, par définition, est trompeuse et déloyale, et même si certains en profitent pour asséner péremptoirement que les Serpentard sont donc, par définition, de vilaines personnes, je tiens à rappeler que le dictionnaire n’a jamais précisé qui était la victime de cette tromperie. Dans une course à l’ambition, il est facile d’affirmer que les autres candidats sont les laissés-pour-compte de nos tactiques tordues, mais c’est la que la fierté vient montrer sa puissance limitante. Après tout, nous l’avons dit, elle est un honneur personnel qui se mérite. Dans ces conditions, comment être fier si on obtient quelque chose qu’on ne mérite pas ? Et si on mérite quelque chose, peut-on vraiment nous blâmer de tout mettre en œuvre pour l’obtenir quitte à, oui, écarter nos adversaires ? De manière générale, les véritables victimes de la ruse ne sont pas nos adversaires, mais les règles elles-mêmes. Jouer le long des lignes, les faire bouger à notre avantage, changer la valeur des lois, voilà des méthodes plus subtiles et efficace que de piper les dés. Ruser n’est pas tricher, au contraire. La ruse, la vraie, c’est le détournement et l’exploitation des règles tout en respectant les limites du terrain, l’exploitation de chaque niche obscure, de chaque absurdité désuète. Evidemment, la ruse n’est bonne que si elle est contrebalancée par des principes, une conscience, et un certain respect d’une autorité supérieure, quelle qu’elle soit. Si elle se libère de ces carcans nécessaires, elle ne devient plus que l’instrument égocentrique et cruel d’un maître obnubilé par les mécanismes de son esprit et devient, évidemment, condamnable.
Mais alors, comment s’expriment ces trois valeurs à Serpentard ? Et quels parcours pouvons-nous mettre en avant pour illustrer le meilleur de ce que notre maison a à offrir ? Qui constitue, véritablement, l’élite verte et argent ? Des noms, déjà, se bousculent au portillon. Si vous en avez un en tête, vous aussi, n’hésitez pas à les commenter ! Foi de Dagger Tongue, j’écouterai votre avis sans jugement… ou presque !

