
Le mois dernier dans les nouvelles aventures de Haile Lingo…
Une longue minute passa, pendant laquelle tous les membres du Centre des Bermudes retinrent leur souffle, puis une sirène se détacha de ses semblables pour nager jusqu’au jeune sorcier, une lance à la main.
- Que cherches-tu à faire, humain ?
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Haile hésita une seconde. Il s'était jeté à l'extérieur en mâchonnant un bout de Branchiflore sans vraiment réfléchir à ce qu'il comptait faire, si ce n'était parlementer avec les sirènes pour tenter de sauver son lieu de travail et ses potions. Rappelant à sa mémoire les quelques notions de langue aquatique qu'il avait étudiées à Uagadou, il commença par saluer les créatures :
- Bonjour à vous, êtres des profondeurs ! Je, euh... Je m'appelle Haile Lingo, et je suis chercheur ici... Je voulais vous présenter nos excuses. Nous ne savons pas lequel d'entre nous a pu, par ses actions, causer votre colère, mais nous sommes certains qu'elle est juste. Alors, euh... Plutôt que de détruire notre centre, est-ce que vous ne voudriez pas nous dire quel était le problème, comme ça on le règle, et...
La voix de Haile s'éteignit petit à petit face au regard noir des sirènes qui lui faisaient face et le jeune homme baissa les yeux pour ne pas les défier plus encore. Sous l'eau, il ne pouvait pas entendre les exclamations incrédules et les mumures inquiets de ses collègues, coincés dans la cantine derrière la vitre fragilisée, et il essayait de rester concentré pour nager et rester au niveau des créatures. Soudain, la lance s'abattit sur son épaule, le bois le frappant avec suffisamment de force pour laisser un hématome, et le métal froid reposant à quelques centimètres de son cou. La menace était claire : les êtres de l'eau pouvaient le tuer s'ils le voulaient... et il ferait mieux de ne pas leur donner une raison de le faire.
- L'un d'entre vous a pillé des nids de poisson-clowns, détruit les anémones qui les hébergeaient, piétiné des coraux, énonça la sirène devant lui. Nous acceptons votre présence sur notre territoire à la condition que vous le respectiez. Tel est le contrat. Vous avez brisé vore part. Vous devez partir, désormais, Haile Lingo. Emportez vos collègues avec vous.
- Non ! protesta le jeune sorcier, paniqué. Vous ne pouvez pas... Mes recherches...
- Vos recherches ne valent pas les vies sous-marines que vous assassinez. Voici notre seule clémence : nous ne détruirons pas votre centre aujourd'hui. Vous avez jusqu'à la fin du jour pour quitter les lieux. Après cela, ce centre disparaîtra et vous retrouverez la vie terrestre.
- Mais, je... Bien, obtempéra Haile, comprenant que le combat était inutile. Mais, tenta-t-il, d'une petite voix... Si nous retrouvons le coupable et que nous le livrons à la justice avant ce soir, est-ce que nous pourrons rester ?
La sirène le considéra pendant un long moment, les yeux plissés par la méfiance, avant de reprendre la parole, d'un ton machiavélique :
- Si vous le livrez à notre justice, cela peut se négocier...
Haile écarquilla les yeux, inquiet, et se figea pendant un long moment avant de hocher la tête :
- Ce soir... Nous vous livrerons le coupable, ou nous partirons. Très bien...
Et, d'une brasse maladroite, l'Ethiopien rejoignit la base où l'attendaient ses camarades. Depuis leur abri, ils n'avaient pas pu entendre l'échange entre le sorcier et l'être de l'eau et tous se demandaient ce qu'il avait bien pu dire pour obtenir un cessez-le-feu. Quand la nouvelle du pillage fut transmise, tous les sorciers s'indignèrent : non, ce n'était pas possible que l'un d'entre eux ait pu faire cela, ils connaissaient tous les règles du centre ! Un chercheur, cependant, restait silencieux et, très vite, son attitude fut repérée par ses voisins.
Le débat qui s'ensuivit fut long et tortueux : d'un côté, les chercheurs ne voulaient pas perdre leur centre et les opportunités de savoir qui s'y trouvaient, tous préférant éviter la destruction du lieu ; de l'autre, la justice des êtres de l'eau était un système méconnu des humains, et nul ne voulait véritablement envoyer un homme à la mort... Finalement, il fut décidé que Haile servirait d'intermédiaire et amènerait le coupable devant les sirènes pour essayer de comprendre quelle serait leur sentence et lui éviter la mort. Et si son décès était inévitable... Certains marmonnaient qu'on pouvait bien le laisser mourir, lui qui n'avait eu aucune pitié pour l'écosystème qui les entourait, d'autres acceptaient l'éventualité de la destruction du centre. Haile, lui, ne comprenait tout simplement pas pourquoi on lui confiait la vie d'un homme qu'il n'avait pas très envie de sauver.
Quelques heures plus tard, après une nouvelle bouchée de Branchiflore, les deux hommes sortirent à nouveau de la base et Haile se présenta devant les êtres de l'eau avec appréhension :
- Voici le coupable. Il ne voulait pas causer de souci, mais il n'a...
- Aucune excuse, persifla la sirène en s'approchant de l'homme qui avait causé tant de destruction dans son océan. Il devra payer pour ses crimes...
- Vous, euh... hésita Haile en se dandinant légèrement dans l'eau. Vous n'allez pas le tuer, hein ?
- Le tuer ? s'étonna la créature avec un air narquois. Non, bien sûr... Les effusions de sang, c'est tellement... humain. Barbare, comme vous. Non, nous allons lui demander de servir la mer jusqu'à ce qu'il ait remboursé sa dette. Il va faire pousser du corail, élever des bébés poissons-clowns, nourrir des anémones... J'espère qu'il a une bonne réserve de Branchiflore sous la main, parce qu'il va rester un certain temps sous l'eau !
Haile étouffa l'éclat de rire qui lui vint en essayant d'imainer un sorcier élever des poissons-clowns. Rien que pour cette image, il était content d'avoir été envoyé en ambassadeur !
Les sirènes ne vivent pas tout prêt du triangle des Bermudes, et le chemin entre le centre et leur colonie n'est pas simple... Si tu ne te perds pas dans ce labyrinthe, envoie la solution à Matka Omen pour gagner quelques Mornilles !
