
Serpentard, l’élite de Poudlard, entend-on souvent murmurer en Salle Commune. La meilleure des maisons, celle qui regroupe des élèves exceptionnels pour les emmener au sommet. Mais ce mot d’élite, souvent répété, peut-être trop utilisé, presque usé, que signifie-t-il réellement ? Les critiques diront que nous nous targuons d’avoir le sang pur, des origines nobles, des familles riches, des parents puissants, des relations haut placées, mais est-ce vraiment cela qui nous distingue des autres élèves ? La vérité est à la fois plus sombre, et plus simple. Et, évidemment, Dagger Tongue est là pour excaver les squelettes coincés dans les placards et les afficher haut et fort, aux yeux de tous.
Qu’est-ce que l’élite ? Selon le Dictionnaire Distingué de Dedalus Diggle, l’élite représente une minorité de sorciers qui se distinguent de la masse à un moment et un lieu donné, du fait de leurs qualités hors du commun, de leur prestige et de leurs mérites. On distingue souvent la valeur apposée aux qualités dites naturelles, innées (celles que l’on possède dès sa naissance et qui peuvent être la beauté physique, la richesse, le rang familial…) et les qualités acquises, obtenues (celles que l’on développe au cours de sa vie, comme la culture, l’expérience, le savoir…). Remarquez ici que la séparation classerait le talent, quel qu’il soit, comme une qualité acquise et non innée. Peu importe les facilités que Dame Nature a la bonté de nous offrir au berceau, le talent n’est rien s’il n’est pas travaillé, ciselé, taillé par les ans et la vie. Une fois cette définition posée, revenons à Serpentard.
Sommes-nous réellement une élite ? A en croire les autres maisons, pas vraiment. Nés avec une cuiller en argent dans la bouche et une floppée de serviteurs, nous avons été gavés dès le berceau, choyés, privilégiés. Drago Malefoy est l’étendard de tous les critiques qui dénigrent notre maison en ne nous accordant le droit d’élite que pour nos qualités innées, sans nous reconnaître celui des qualités acquises. Nous serions une élite de maternité, une élite qui n’a de mérite que celui des langes où elle est née. Mais un jugement si dur est-il justifié ?
Il est parfois difficile de le réfuter : de Camille Dubois, héritière française et cheffe d’une organisation secrète, à Deborah Cavendish, jeune Duchesse britannique en devenir, on peut dire que les Serpentard sont adeptes du pedigree. Aux privilèges du rang et de l’argent s’ajoute évidemment celui du sang, au sein d’une maison réputée pour son intolérance : pour compléter l’équipe de maison, on a après tout Matka Omen et Catherine Spinnet, qui peuvent toutes deux se targuer de descendre de générations de sorciers. Classistes, les Serpentard ? Depuis nos manoirs de marbre blancs, nous voudrions répondre non, mais nous devons nous ranger à l’évidence : nos élèves aiment jouer les rois du manoir, la classe dominante, le pouvoir installé depuis des siècles au sommet d’un système discriminant.
Ne grondez pas, chers lecteurs : inutile de tirer sur le messager – c’est le message qui importe. Nous sommes, et avons toujours été, une maison qui valorise les profils privilégiés. Horace Slughorn n’est pas le seul à jouer aux sept familles en collectionnant les élèves notables au nom célèbre. C’est un fait. Le ciel est bleu (enfin, en général, parce qu’en Ecosse, ce n’est pas toujours gagné), le soleil brille (bis repetita), et les Serpentard aiment les sorciers qui viennent de milieux aisés, ou qui ont, du moins, bénéficié d’un tremplin dans la vie. Pour beaucoup d’élèves, il est presque évident qu’être à Serpentard signifie être le descendant d’une lignée notable, le propriétaire d’un coffre rempli d’or à Gringotts, l’enfant de sorciers d’envergure, ou les trois.
Nous ne sommes évidemment pas tous des parangons de riches héritiers des Vingt-Huit – ne serait-ce que parce qu’il y a plus de vingt-huit familles représentées à Serpentard – mais l’image est plaisante, facile, et un cliché que beaucoup de membres de Poudlard12 adoptent volontiers en rejoignant notre maison. Rares sont les élèves qui n’ont pas, au moins, l’un des trois piliers de ce triptyque élitiste des temps anciens : richesse, noblesse, pureté du sang. Rares sont les serpents qui ne peuvent pas se dire issus d’une grande famille – sorcière ou non. Aileen Verran, née moldue qui n’a pas parcouru les couloirs de Buckingham Palace dans son enfance, est l’un de ces exceptions notables. Malgré tout, il nous faut bien admettre que la rareté de ces profils nous confirme une règle : un exemple ne suffit pas à contourner tout un principe, avoir un ami noir ne vous empêche pas d’être raciste, une élève ne renverse pas le système d’une maison.
Ce n’est pas un problème en soit – quoique – mais il est intéressant de voir comment cette conception de notre maison influence la construction de nos personnages. Si les qualités innées, la famille, le rang, l’argent, le sang, sont des éléments aussi importants de notre Salle Commune, il est évident que nous définissons notre caractère IG selon cet entourage et ces origines. L’enfance, le milieu, l’éducation, sont des blocs bien plus déterminants pour nous que pour beaucoup d’autres élèves, peut-être plus, même, que notre scolarité à Poudlard et les rencontres que nous y faisons. Notre destin, semblerait-il, est presque gravé dans le marbre avant même que nous ne franchissions les portes de l’école et tous les RPG du monde ne feraient que décorer le chemin déjà tracé que nous suivons. Un petit nouveau fraîchement débarqué en Salle Commune se présentait même ainsi : « Gamin des rues, élevé dans les quartiers mal famés de Londres, il découvrira plus tard qu’il est en réalité un riche Sang-Pur échangé à la naissance. » Décidément, il semble difficile de se départir des exigences de Salazar !
En un sens, c'est bien normal. L'ambition est la valeur première de Serpentard, et il est nécessairement plus facile d'atteindre les sommets quand on part dans la vie avec un avantage. Les escaliers sont plus simples à gravir quand on a un ascenseur, pas vrai ? Mais c'est aussi un risque : après tout, mieux vaut être un ancêtre qu'un descendant, le premier d'une lignée glorieuse que le rejeton empâté d'une famille déchue. Ce qui fait la force de beaucoup de verts et argents est aussi un point faible qui n'attend qu'à être frappé.
Cependant, la famille, aussi important soit-elle, n’est pas tout. Les Pédouziens s’accorderont à le dire : Aileen Verran est une exception à Serpentard autant qu’elle est une Serpentard d’exception. Mais alors, si les verts et argents du XXIème siècle ne se définissent pas uniquement par leurs qualités innées, quelles sont les qualités acquises qui alimentent encore aujourd’hui ces murmures et la légende de l’élite reptilienne ?
Ne soyez pas pressés d’obtenir la réponse, chers lecteurs : tout vient à point à qui sait attendre. Vous aurez la suite au prochain épisode… Mais si vous avez une petite idée, n’hésitez pas à m’en faire part en commentaire, ou à m’envoyer vos témoignages par hibou. Foi de Dagger Tongue, ma plume ne déformera pas vos mots. Enfin… Pas beaucoup !
