Tata Wolf
Par Patty le 8 avr. 2013, 14h45 - VIPère #24 - Lien permanent

Mes chers Lapins,
Je vous écris cette lettre avec émotion. En effet, me voilà séquestrée depuis plusieurs jours dans le plus cauchemardesque des endroits ! Oh oui, on a osé m’enfermer sans ménagement, moi une pauvre dame sans défense ni une seule once de méchanceté dans le sang ! Enfin bref, je dois vous raconter ma vie en cellule…
Chaque matin, on vient m’apporter une espèce de bouillie à l’odeur et au goût suspect. Je la touche à peine, supportant, avec grimace, les grondements mécontents de mon estomac tout noué. Ma porte est toujours close, je n’ai pas de poignée et seuls les gardiens viennent me voir trois fois par jour pour changer mon lit, et me donner un deuxième repas. C’est affreux ! De ma fenêtre je vois une véritable cour sur les torturés de cet établissement, ils sont tous là mis par rang. Droit, debout et face à la lumière brûlante implacable du soleil. Certains sont mêmes solidement attachés, les empêchant de s’enfuir. Comme s’ils pouvaient ! Stupidité !
Soudain je me rends compte d’une chose pourtant impensable… Cette fameuse bouillie que l’on m’offre matin et soir d’un sourire trop grand pour être sincère… Avec une expression d’horreur sur le visage, je trottine jusque mon assiette toujours pleine et effleure le liquide à l’aide d’une cuillère en bois. Quelques étranges morceaux remontèrent en surface, précédant quelques petites bulles. Je poussais un cri d’effroi, me détournant de cette vue ignoble. Ils ont voulu me faire manger de la chaire d’être innocents ! Les prisonniers du dehors sont tous envoyés un à un dans les fourneaux, afin de se faire découper et cuisiner comme du vulgaire cochon.
Voilà ce que sont mes journées dans ma cellule… Je ne veux pas manger, je maigris si vite ! En même temps, comment pourrais-je – moi fervente fanatique de la nature– avaler morceaux après morceaux ces pauvres petits légumes de cette cour avec jardin… Mon satané fils a réussi à me faire enfermer dans une maison de retraite mais croyez-moi… Ce soir, je me fais la belle et je m’échappe ! Hors de question de rester dans cette maison où les vieux s’entassent pour s’encrouter tous ensemble… Je veux revoir mes petits choux, mes petites carottes, tous mes fruits et légumes de ma maison pour les cajoler à nouveau !
Je vous embrasse, et vous dis à très bientôt dans la liberté mes poussins !
Tata Wolf
Article by Patty Ghe’z
Illustré by Chloé Yang