Les Dires de Tata Wolf

Mes petits sucres à croquer,

J’ai enfin pu m’échapper de mon asile. Vous vous souvenez ? Je vous en ai parlé dans ma précédente lettre. Me voici libre, et j’ai pu retrouver mon potager tant adoré. Si je vous écris aujourd’hui ce n’est pas pour vous décrire tout mon plaisir d’être chez moi. Ça oui, je suis parfaitement heureuse de pouvoir sentir  à nouveau la vieille odeur pourri de mon matelas, de pouvoir mettre mes bas de contention, de pouvoir renifler mon parfum corporel qui m’est familier depuis toujours… Bref, vous vous doutez à quel point je suis heureuse.

Je vous fais parvenir ce courrier pour notamment vous révéler ce cauchemar qui m’a assailli un peu plus tôt dans la journée. Je marchais tranquillement dans le centre de ma petite ville, panier d’osier en main et clope à la bouche. J’avais mis ma plus belle robe pour montrer mes sublimes et épais mollets blanchâtres. Tout à coup, devant une foule qui trépignait sur place, un monstrueux criminel abattait une épaisse hache sans aucune pitié sur le corps déjà inanimé de sa pauvre victime. Du sang giclait dans tous les sens, des morceaux volèrent par-dessus son épaule et son sourire était édenté. La machine était en route, et rien ne pouvait l’arrêter. Des bruits de lacération, d’écrasement, de pétrissage, d’étirement

Je ne pouvais regarder plus longtemps ce spectacle où la foule hurlait d’impatience et ravivait constamment la nature démoniaque de cet être. Il déchirait, coupait en petits morceaux, déchiquetait et continuait d’abattre sa hache encore et encore. C’était affreux ! Personne ne levait le moindre petit doigt pour arrêter ce massacre, au contraire ! Tout le monde, hormis moi-même totalement tétanisée par ce ravage sanguinaire, encourageait cet affreux personnage pour qu’il continue son meurtre avec toujours plus d’entrain.

Oh non. Jamais plus je n’irais chez le boucher. Même si c’était le plus fameux de toute la ville, je ne mangerais plus un seul bout de viande jusque mon dernier souffle. Hors de question que je devienne une cannibale sans cœur !


A très vite mes lapins,

Tata Wolf


Article par Patty Ghe'z

Illustration par Wilhemina Compton

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