Une rédaction mâle en point

redacition_mal_en_point.jpg14 janvier 2014

C'est l'heure d'aller à la rédac. Et là, mieux réveillé que les autres matins, une vérité me frappe. Comme un Cognard dans les dents, comme Inwe qui te tombe dessus alors que tu médites sur les mystères de l'univers, allongé torse nu sur les dallages froids de la Salle Commune. Je l'ai d'abord senti dans l'air. Des vapeurs entêtantes. Suffocantes. Diverses senteurs discordantes, mélangées. Je semblais être le seul à souffrir de ce symptôme. Mes collègues semblaient aussi calmes que d'habitude. Puis mes yeux, lentement, constatèrent cette vérité trop longtemps ignorée par mon esprit matinalement embrumé. Sacs à mains, rouge à lèvres, miroirs, infusion de groseille...des femmes ! Des femmes partout ! Cette rédaction était peuplée de femmes ! 

Je rejoins mon bureau, encore sous le choc. Par sécurité, je ferme la porte à clé. J'avais demandé le bureau le plus proche des archives, ayant une formation approfondie d'historien avec Wilde (cela n'a évidemment aucune connotation tendancieuse) et je pus me rendre dans celles-ci, pour vérifier une pensée qui me turlupinait depuis cette affreuse révélation. J'étais là depuis peu. Je découvrais peu à peu la rédaction, mais étant plus souvent en train de planer que de marcher à terre à cause des médicaments que Ste Mangouste m'a prescrit, je n'avais rien vu avant. Les archives du personnel devaient avoir la réponse. Casier 6, de l'allée 6, du bloc 6. Qui a dit : rien de suspect ?

Des frissons me parcourent. Je n'ai pourtant même pas ouvert le casier. Prémonition ? Paranoïa ? Je pris mon courage à deux mains. Et, comme par hasard, mon idée, ma crainte, ma terreur, se réalisait. Nous n'étions que trois hommes dans la rédaction. Darren. Aaron. Evan. Sinon, que des femmes. Et en consultant les anciens titulaires, tous les hommes avaient craqué au bout de 4 ou 5 mois. Et j'étais là depuis 3 mois...Les interrogations sur mon avenir, ma santé, ma vie ne cessaient d'affluer à mon esprit saisi par la crainte. C'était quoi cette rédaction où le mâle était voué à disparaître si vite ? D'ailleurs...où étaient Aaron et Darren ? 

Sortir du bureau. Les prévenir. Préparer un plan. Capturer Evalia si besoin. Je devais  réfléchir à mes actions mais le risque de me trahir, d'apparaître à ces potentielles tueuses comme porteur de leur secret, me bloquait. Courageusement, je parvins à sortir. Air naturel. Petit sourire de circonstance. Le bureau de Darren. Vide. Où était-il ? Direction Aaron. Porte entrouverte, pour rester discret j'ouvre la porte sans toquer. Une vision d'horreur éclate sous mon regard paniqué, je glisse. Je tombe. Ce n'était pas possible. Mais pourtant...

Aaron était torse nu, et défaisait un corset aplatissant, qui révélait une généreuse poitrine. Aaron était un infiltré chez les mâles. Il était en fait une fille. Elle n'était pas un homme. Cette rédaction marchait sur la tête. Je fonçais dans mon bureau, encore choqué. Barricadé. Les premiers coups à la porte arrivèrent vite. D'abord deux petits coups calmes. Puis des gros coups. Insistants. Fréquents. Il me fallait des meubles pour me protéger. Un bureau et une armoire plus tard, je me sentais un petit peu à l'abri. Les coups devenaient intenses. J'étais au fond de la salle, baguette tendue vers la porte. Je ne pouvais voir ce qui se passait dehors, mais j'entendais plusieurs personnes frapper à la porte. C'était certain, vu le bruit et les cris. Elles débarquaient, comme des furies, prêtes à m'égorger. Et je finirai comme tous ces disparus, qui étaient devenus fous. 

Pas question de retourner à Ste Mangouste. Je me battrais s'il le faut. Et si c'étaient des succubes suceuses de sang ? Des zombies surdéveloppés ? Des loups-garous diurnes ? Tout devenait possible. Et surtout les femelles possédaient des infiltrés dans les rangs mâles, avec le soi-disant Aaron. Qu'avait-elle révélé de leurs palabres ? Elle devait avoir révélé leurs principaux secrets, leurs faiblesses ? Et où était Darren ? D'ailleurs, Darren était-il un vrai homme ? Ou était-il aussi un infiltré, chargé de le piéger ? Je suis peut-être paranoïaque, ou alors je viens de tomber sur une vérité affreuse. Elles battaient obstinément la porte, n'ayant pas encore pensé à leur baguette magique. Je me devais de trouver une issue. Mais la seule pièce attenante était la salle des archives : pas de fenêtres, une seule porte. Et le risque de saboter des archives, et d'être pris au piège. Je devais rester là. 

M'avaient-elles entendu ? Ou lisaient-elles dans mes pensées ? En tout cas, l'une d'entre elles lança un premier sort. Les meubles bougèrent un peu. J'étais prêt à me battre. Enfin je l'espérais. J'étais presque pétrifié en voyant un meuble trembler avec force fracas. Elles arrivaient. Elles étaient presque là. Sûrement armées de couteaux et de bâtons. Elles étaient désormais toutes proches. Je me suis décidé à se cacher derrière un dernier meuble présent. Gagner quelques secondes. Les meubles de protection tremblaient, des livres en tombaient. La porte était presque ouverte. Des mains en dépassaient. Crochues. Avec de longs ongles roses ou verts. Des mains prêtes à m'égorger. Le bureau allait être envahi. La porte était ouverte.

Elles débarquèrent, en furie. Je n'ai pensé qu'à une chose, me rouler en boule pour esquiver. Stratégie efficace. J'ai pu leur échapper. Le visage d'Evalia semblait proche de celui d'un vampire. Et la réponse à ce mystère ne semblait pas prête d'être résolue, car je ne pris pas le temps de vérifier auprès d'elles la véracité de cette idée. Je parvins à mon dortoir. Pris mon cahier de notes. Posa mon récit sur papier, et espérait rendre la vérité publique en envoyant directement au service d'impression de la VIPère par un hibou de l'école le dit récit. Ma chouette Sleridge était trop reconnaissable. En espérant que la direction de l'Ecole vienne régler au plus vite ce "problème" et qui éclairerai nos lecteurs sur la vérité concernant la prétendue "inefficacité des mâles" prônée par la féministe Evalia. Je me dois de dire la vérité aux lecteurs :

"Lectrices, lecteurs, on vous ment, on vous exploite, on vous spolie ! Unissez vous face à la médiacratie féministe Yaxlienne, qui prône une presse castratrice ! Les hommes de la rédaction ne sont pas des fainéants mais des travailleurs exploités par une oligarchie utérine qui n'hésite pas à envoyer ses camarades mâles dans des rites sacrificiels douteux, faisant perdre la raison aux hommes de cette rédaction !"

Par Evan

Illustré par Évalia

Post Scriptum : Il semblerait qu'Evan Sydal soit actuellement porté disparu. Si vous le voyez, prévenez le bureau de Serpentard. Que ce soit en vie ou non. Merci.

Commentaires

1. Le 16 janv. 2014, 21h37 par Grace

Un article très bien écrit !
J'aime beaucoup l'idée et j'espère qu'on va retrouver Evan :o
On a quand même besoin de mâle à la VIPère !

2. Le 18 janv. 2014, 16h42 par Vans Dayle

J'ai trouvé un drôle de parchemin en marchant dans la volière, à vous de me dire quoi :

"Toujours en fuite...lieu secret, mais peu sûr...na zdrowie à mes amis."

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