Père Salazar, raconte nous une histoire
Par Judith Dixon le 16 oct. 2019, 16h18 - VIPère #101 - Lien permanent

— Alors non Monsieur, vous devez déjà 300 gallions à la banque, il est impossible de vous en redonner, votre dossier est dans le rouge, et votre coffre a été vidé pour rembourser – en partie – vos dettes. Maintenant sortez.
Le gobelin, après avoir craché ses remarques, jugea le sorcier du regard, alors que ce dernier enserrait la main de son fils, le jeune Yardley. S’ils avaient été ailleurs que dans cette banque, il lui aurait fait comprendre qu’on ne manquait de respect à un sorcier. Certes, le commerce de potions traversait une crise, mais il allait remonter la pente ! Enfin, c’est ce qu’il croyait.
Rentrant chez eux, ils eurent la surprise de trouver leur commerce fermé, magiquement, avec une note. L’établissement était devenu propriété de la banque et serait revendu pour combler les dettes : ils n’avaient plus rien ! Résolu, le père du jeune Platt confia son enfant à un orphelin le temps de partir gagner de l’argent à l’étranger, en Égypte où certains ingrédients s’obtenaient facilement et se revendaient à prix d’or. Pendant ce temps, Yardley continuaient ses études à Poudlard, prodige des sortilèges.
Au départ tout allait bien, père et fils se retrouvaient pour les vacances, et le sourire et le soleil regagnaient leur vie. Jusqu’à ce qu’un jour, le père ne vienne plus. Yardley attendit des heures devant le portail de l’orphelinat, jusqu’à ce qu’un hibou, un vulgaire hibou, vienne lui annoncer la nouvelle. Son père s’était fait assassiné par des pilleurs alors qu’il tentait de ramasser des plantes rares près de leur repaire. Alors, les larmes le gagnèrent, il craqua et fit sa valise, du haut de ses dix-sept ans.
Devenu autodidacte, il perfectionna ses sorts, et mit au point sa vengeance. Il envisagea d’abord de se rendre en Égypte, mais non. La source du problème était Gringotts, ces foutus gobelins qui avaient poussé son père à l’exil ! Les années défilèrent, et seul, dans le noir, l’esprit comme l’âme du sorcier se pervertirent, tendant vers l’extrême.
Un soir, alors qu’il avait usé et abusé du Whisky-pur-Feu, le dément se rendit dans une ruelle sombre adjacente du fameux Chemin de Traverse. Il était tard et la banque fermait ses portes pour rouvrir le lendemain. De ses longs doigts fins, le gobelin verrouilla la porte et de sa démarche claudicante, s’en allait le long du trottoir. Eclairé par une lune rousse, la silhouette du Pratt se dessina dans la pénombre alors que se retournait celle de la créature au sang magique. D’une voix nasillarde, il dit fébrilement :
— Qui est là ?
Aucune réponse. Un vent surnaturel souffla alors. La proie envisagea un instant d’user de Magie, mais le Ministère, à l’époque révolu à la suprématie des sorciers, ne l’aurait toléré. Non sans peur, il reprit son chemin jusqu’à ce qu’une brume maudite se lève autour de lui.
— Par Ragnuk, répondez !
Et on lui répondit. Par un rire sombre, strident. Un rire de folie. Apeuré, et voyant l’ombre d’une baguette se dessiner dans la nuit, le gobelin prit les jambes à son cou, se jetant dans la brume magique. Se jetant dans le piège du sorcier. Ce que le gobelin prenait pour des mètres n’était que des centimètres, le temps semblait s’étirer, mais seules des secondes défilèrent alors que la créature humanoïde s’écroula au sol, à demi-consciente. La brume, à défaut de se dissiper, semblait s’écarter à l’arrivée d’une forme voûtée, enserrée dans une cape rapiécée. Une voix, irrégulière et rauque se fit alors entendre. Enfin, seul le gobelin pouvait l’entendre. À l’intérieur de son crâne.
— Vous ne vous souvenez pas de moi j’imagine. Même pas de mon père. Vous. Monstre. Assassin. Vous ne valez rien, et votre vie n’est dédiée qu’à la destruction et le vol. Heureusement, j’ai compris. Plus aucun sorcier ne souffrira quand vous aurez disparu.
La peur se lisait sur le visage du gobelin qui, le regard flou et les jambes inertes, tenta de ramper le long des pavés qui composaient le trottoir. Il se fit glisser une fois, deux fois, puis il s’arrêta. Le ciment se recouvrit d’un liquide rougeâtre alors que le sang de l’être magique se répandit. Le lendemain, on annonça la mort de l’un des gobelins de Gringotts.
Ce que le Ministère prit pour un incident isolé se répéta au fil des ans. Des dizaines de gobelins disparurent, ou furent retrouvés, morts. Au fur et à mesure, et alors que la Brigade Magique mettait tous ses moyens en œuvre pour stopper ce meurtrier, les meurtres prirent la même forme : les gobelins étaient enlevés et retrouvés, noyés dans un liquide doré.
Un soir, la Brigade utilisa un des employés de la banque comme appât et le fit traverser l’Allée des Embrumes. Une fois encore, la brume mystique se leva, occultant toute lumière et faisant faiblir les capacités de la proie. Mais alors que le rire dément se répercutait en écho, on vît l’épaisse fumée s’envoler, et des baguettes se dresser vers un sorcier au dos voûté et aux yeux injectés de sang. À sa main, une baguette d’un bois aussi noir que l’âme de l’assassin.
Le meurtrier fut appréhendé, et lors du jugement, fut déclaré aliéné et envoyé à Azkaban. Les membres du magenmagot jugèrent que l’enfance du sorcier était la source de cette déviance, et que jamais il ne retrouverait un comportement propice à rejoindre la société.
Yardley Platt, habitué à la solitude, au désespoir et aux ténèbres mourut à un âge avancé, cerné par les murs aussi froids que les gardiens d’Azkaban. Certains de ses camarades dirent qu’il répétait, tels des psaumes, des noms de gobelins associés à des chiffres. Peu sont ceux à avoir fait le rapprochement avec les dettes de son défunt père.


Commentaires
C'est trop triste comme histoire ! Mais beau, aussi. Ta plume est toujours aussi sympa, et ces petites histoires ne me lassent pas, j'aime beaucoup ces idées ! L'illustration est elle aussi sympathique, bravo à vous deux !
J'aime beaucoup beaucoup les histoires du Père Salazar, tu le sais déjà Archie. Tu sais déjà ce que je pense de cette histoire, puisque j'ai eu la chance de la lire avant la publication. J'espère en lire une nouvelle dans la prochaine édition !
Ton illustration est très belle Freya !
Une légende raconte que Vivi à lu Magnum à la place de Ragnuk.
J'ai faim.
Une magnifique plume, ew j'adore.