Sombre Critique sous Cerisier

Sombre_Critique_sous_Cerisier.png

Vous pensez que la Bibliothèque est un paisible repaire de Serdaigle ? Une réserve soporifique de vieux bouquins aussi desséchés que les mains de Madame Pince ? Vous avez tort. Cet endroit est dangereux, très dangereux. Pour peu que vous n'ayez jamais eu une âme, fuyez, pauvres fous, fuyez l'abîme sans fonds des prétentions littéraires.

Car il existe trois types d'auteur sur Pouldard12.

Tout d'abord, ceux qui ont du talent : même si un jour ou l'autre ils écrivent un navet sensationnel, ils auront toujours leur style pour rattraper l'ensemble, et bien sûr une armée de faux-jetons prête à encenser leur prose à peine eussent-ils posé le doigt sur le clavier. Les auteurs talentueux ne risquent pas de vous rendre aveugle au bout de quatre lignes (eux).

Ensuite vient l'auteur moyen. Admettons, ce qu'il fait, c'est pas mal. Ça se laisse lire. Il y a souvent de la recherche, du travail, mais il manque l'étincelle stylistique pour compléter l’œuvre. Ces auteurs-là, même s'ils tendent imperceptiblement vers la troisième catégorie, restent cependant d'une dangerosité moindre grâce à leur capacité innée à ne pas se prendre trop au sérieux. Ils font leurs petites affaires, que ça plaise ou non ; eux, ils trouvent ça marrant d'écrire des lettres et de faire des mots avec.

Et enfin il y a l'auteur médiocre. Nul. Zéro pointé. Caca. Ce qui caractérise l'auteur médiocre, c'est en général la taille de ses chevilles et son incroyable faculté à reproduire les clichés les plus immondes de cet univers. La circonférence d'un cerveau d'auteur médiocre se situe entre celle de la mouette méditerranéenne et d'un cacatoès – mais un cacatoès nain, attention. Et certainement pas celui de Ionesco. En gros, la taille de leur intellect est inversement proportionnelle à celle de leurs chevilles.

L'auteur médiocre aime écrire des fanfictions qui parlent d'amour en unissant des personnages que persoooooonne, jaaaaaaamais, n'aurait eu l'idée de mettre ensemble. Drago Malefoy et Hermione Granger font fureur chez les auteurs médiocres, par exemple, allez savoir pourquoi. La détresse exacerbée de quelques Gryffondor jaloux ?

Malheureusement, c'est l'espèce d'auteur la plus répandue dans la Bibliothèque. Preuves à l'appui.

#1 L'amour. Le vrai.

FailBiblio1.png

#2 Le cross-over. Le vrai.

failbiblio2modif.png

#3 Le dégueu. Le vrai.

FailBiblio3.png

Voilà, lecteur, tu es prévenu. Lire, c'est un métier à risque, et ton écriture elle aussi peut être une arme de destruction massive.

Maintenant les bases établies, on peut passer aux choses sérieuses.

Foule en délire : la critiiiiiiique ! La vraaaaaie ! Au bûcher les écrivaillons !

*Lever de rideaux triomphal sur une Psychorigide montée sur deux poneys de lichen argenté et tenant le Glaive de la Sanction Injuste, la Balance de l'égalité-mais-ça-dépend-avec-qui et les yeux couverts du Bandeau de l'impartialité-mais-pas-trop-quand-même-ils-vont-arrêter-de-lire-si-on-est-gentils.*

Psychorigide : Voilà voilà, mes très chers gueux, j'arrive! Nous sommes en ce jour réunis pour soumettre au scalpel de notre analyse un livre infortuné. Pour inaugurer cette séance de torture mensuelle –

*applaudissements*

Psychorigide : Hé oui, vous avez bien entendu, mensuelle. Tous les mois c'est charcuterie ! Pour commencer donc, une œuvre d'une Serdaigle qui a eu la sagesse de fuir le site il y a quelques temps déjà : Antasy. Son texte se nomme « Jouons », et il ne fait que quatre pages, parce que je sais que vous avez peur quand c’est un peu trop gros.


…Je parle de texte. De LITTÉRATURE.

Il se trouve dans les catégories « Dramatique » et « Angoisse/Horreur ». On pourrait donc s'attendre à des torrents de sang et de larmes mêlés, mais non. « Jouons » se révèle tout de même un peu plus subtil qu'une chanson d'Insane Clown Posse.

En fait, ce qu'Antasy nous propose est un compte à rebours rythmé débouchant sur une chute inévitable (et qu’on avait un peu devinée, sans mentir). Mais attendez deux secondes… Vous avez quand même pas besoin qu’on vous fasse un résumé, vous êtes allés le lire, le bouquin ?!

*gêne*

*gêne puissante*

*gêne intergalactique*

Ok, alors mes petits reptiles chéris en sucre, va falloir se remuer les écailles et lire ces quatre misérables pages agonisant de solitude avant que ma rage ne se matérialise sous la forme d’un caïman syphilitique. Merci. Voilà. L’onglet « Bibliothèque », oui. C’est bien.

(toi aussi apprends à te faire détester avec Selene Sambre ! Leçons privées le mardi de dix-neuf à vingt-et-une heure).

C’est bon, c’est fait, bande de feignasses invertébrées… Euh… Invétérées…( Ok, arrêtez tout, j'exige la mise à mort de ce jeu de mot). Bref. Trêve de réjouissances. Comment analyser ce texte ? En cataloguant, bien sûr ! Voyons d’abord quels en sont les points négatifs.

  1. Les familiarités random.

En effet, il manque souvent des « ne » aux négations, quelques expressions comme « pourrir la vie » se glissent çà et là, ce qui, plutôt que de donner un nouveau souffle à la narration, crée un décalage avec l’ensemble gênant pour le lecteur.

  1. Les temps.

Tout allait bien jusqu’à « Ten », page 3. Le récit s’écoulait tranquillement au rythme d’un présent d’énonciation aussi cohérent qu’adorable, et puis KATASTROF, du passé simple, un détestable « appuya » bientôt suivi de ses frères et sœurs. Just like dat. Imaginez, le pauvre lecteur dont les yeux s’écorchent et saignent sur une faute de concordance des temps à l’issue d’un récit si bien mené ? Imaginez ma peine insondable devant la chaotique évolution des verbes qui soudain revinrent au présent, puis au passé simple, puis du PLUS QUE PARFAIT – ENFIN DIANTRE UN PEU DE RESPECT QUE DIABLE !

Bref. Les temps. Sacré désavantage, qui fait de la chute, pourtant charmante, une fin inconfortable. Une chute qui se casse la gueule. (Ha ha ha ha ha riez svp c'est pour ma thérapie)

  1. La redondance.

Oui, on a compris Madame l’Auteure, y a pas de contexte, faut entretenir le myssstère, tout ça. Mais il s’éternise, le mystère. Il perd de sa saveur. Comme après avoir ingurgité six litres de Whisky-Pur-Feu : étrangement, nos narines deviennent plus sensibles aux relents de vomi qu’à la délicieuse fragrance du scotch. Donc la métaphore du chat et de la souris, elle n’est plus vraiment filée, mais surtout usée jusqu’à la corde et plus vieillie que ma mémé et l’expression « palsambleu » réunies ! Le décompte pourrait être mieux exploité, alors que là, on a l’impression d’une répétition monotone avec quelques synonymes de temps en temps.

Et… C’est certainement tout ce qu’il y a à reprocher, vraiment. Qu’en est-il de ce qui va bien, maintenant (eh oui, navrée, nous sommes obligés d’en passer par là) ?

  1. Les titres.

D’un côté, le titre du texte : « Jouons ». De l’autre, celui du chapitre : «  qui baigne ses mains dans le sang les lavera dans les larmes ». C’est la meilleure stratégie incitative qu’on pouvait trouver ! Quel sadique névropathe n’aurait pas envie d’ouvrir cette œuvre en lisant ces titres ô combien dégoulinants d’hémoglobine et fourmillant d’idées malsaines ? Quelle âme encore pure ne serait pas attirée par la glauque splendeur de ces formules mystérieuses, dont le dangereux murmure incite à de macabres aventures ? Hein, qui résisterait ?

Comment ça j’en fais trop ? Comment ça tu en as marre de mes points d’interrogation ? C’est de la rhétorique, manant, de la rhé-to-rique !

Pff.

  1. L’ambiance.

L’atmosphère qui émane de ces quelques pages est à la base de l’intérêt que j’ai d’abord porté à ce texte. En effet, et c’est ce qui change de ce qu’on peut lire habituellement, le texte nous happe dans son univers – ici une traque sombre, un règlement de compte sadique abordé du point de vue de l’agresseur. On se perd (avant la crise cardiaque du « appuya » bien sûr) entre les lignes, on se laisse guider par la plume de l’auteure sans avoir à forcer pour poursuivre sa lecture : c’est fluide, les phrases courtes aidant, malgré la monotonie déjà mentionnée. On sent la présence latente d’une violence masquée qui ne s’exprime pas tout à fait dans le texte, tiraillant la curiosité du lecteur.

  1. L’énonciation.

Par énonciation, je veux parler de la valse des pronoms qui nous tient rivés au texte. Je veux dire l’emploi du « tu ».

Dès les premières lignes, on prend ce « tu » pour soi et on se dit « Maman pourquoi elle veut me tuer la madame ?!! », ce qui… – oh on me signale dans l’oreillette qu’il n’y a qu’à moi que ça fait ça parce que je suis totalement paranoïaque.

Mais j’ai quand même un peu raison non ? L’utilisation du pronom de la deuxième personne du singulier permet au lecteur de s’insérer immédiatement au récit, et fait de l’entrée in medias res, originellement un peu « ça passe ou ça casse », un « ça passe » garanti.

(Je pense que le rythme du récit constitue également un net avantage, mais j’aimerais bien qu’on lui fasse pas trop de compliments à cette Serdaigle.)

(de dix-neuf à vingt-et-une heure, vous vous souvenez ?)

Enfin, il y a la catégorie Ce que Psychorigide n’a pas compris.

  1. Le décompte en anglais, comme le mentionne Lust dans sa critique. Pourkoua ? Je soupçonne que la réponse s’approche d’un « paske cey la mode. »

  1. Les trucs en italique et entre guillemets aux pages 3 et 4, traduisant les paroles de la chanson. En français, donc. Juste après un décompte en anglais. Qu'on m'explique ou je me mets à parler en allemand.

Eeeet… Ce sera tout. Vous êtes déçus, hein ? Allez, pour vous consoler, on organise un jeu de fléchette le week-end prochain, avec pour cible l’auteur de « One Direction In Hogwarts ».

Un article illustré par Yukirin Lin et écrit par Selene Sambre

Commentaires

1. Le 17 nov. 2014, 00h45 par Cal'

Parbleu, que j'ai ri ! Je suis prête à construire un monument à ta gloire pour un tel article... Je ne peux qu'appuyer ton analyse de "Jouons". Non franchement ton article est magnifique, j'espère qu'il y aura un autre au prochain numéro. *-*

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Fil des commentaires de ce billet