Sombre Critique sous Cerisier

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GW et SB: nos initiales

Surtout, n'allez pas lire ce livre.

Je m'explique : j'avais envie de vous faire un cadeau pour Noël, et dénicher un joli bouquin dont j'aurais pu faire l'éloge, avec du papier cadeau vert et un ruban argenté. Mais je l'ai pas fait. Parce que 1. c'est so 2013 les cadeaux et 2. c'est quand même plus marrant de critiquer impitoyablement que de dire des gentillesses sous le sapin, nan ?

Eh bah si.

J'ai donc découvert cette vivante platitude dans la pire section de la Bibliothèque (Amour Harry Potter, celle où il faut porter un masque pour ne pas être empoisonné de médiocrité) pour la dépecer sous vos yeux émerveillés – eh oui, c'est ça, l'esprit de Noël !

Histoire de vous situer rapidement, voilà en quoi constitue la préface (non, vraiment, n'allez pas lire ce livre) :

« Cette fanfiction se passe durant la cinquième année de Harry à Poudlard, autrement dit, à la quatrième année de Ginny à Poudlard.
Ginny retourne dans le passé, à l'époque ou Sirius est justement en quatrième année... »

(personnellement j'ai commencé à être prise de facepalms convulsifs à partir d'ici, mais je ne vous en voudrais pas si ça n'est pas votre cas).

Par la suite, l'auteure se contente de narrer – avec une entrée in medias res tellement dégueulasse que ça devrait être interdit – la crise existentielle de Ginny, dont l'élu, le preux chevalier, l'âme sœur, sort avec une godiche encore plus abrutie qu'elle (aka Cho Chang). Alors non seulement on n'en a rien cirer (EUH OUI ON VEUT SIRIUS MERCI), mais en plus, c'est d'un commun... Tout n'est que clichés. Oh non pardon, c'est plutôt : tout n'est que clichés écrits avec l'application d'une enfant de huit ans en plein caprice. Il n'y a pour ainsi dire aucune qualité stylistique, pas même l'embryon d'un essai de tentative. Les mots sont jetés là comme une gifle dans le visage métaphorique de cette indigente fiction.

En guise d'exemple, voici une liste de ces lieux communs si légèrement énoncés :

  1. « Mais enfin Ginny, commença Elsa, sa meilleure amie, tu sais bien comment sont les garçons, ils ne comprennent rien à nos sentiments... »

Eh oui, c'est bien connu, la barrière entre les sexes ne sera jamais abattue, tout ce qu'on vous raconte à la TV est vrai. Les garçons sont des sacs à bière, ils aiment la chasse et une bonne partie de jambe en l'air au petit dèj, et les filles sont de pauvres petites choses fragiles qu'il faut protéger et à qui on réserve le versant sensible de l'existence.

  1. « - Mais lui ! Je l'ai aimé dès le premier regard, la première seconde, le premier instant ! »

Bonjour, je suis le coup de foudre. On m'appelle aussi Marquis du Stéréotype le plus réutilisé dans les Histoires d'Amour, ou encore Égérie de l'Auteur qui n'avait pas d'Idées. Je ne suis toléré que quand je suis renouvelé ou parodique. Quand ce n'est pas le cas, je provoque des facepalms. Pardonnez-moi.

 

  1. « - Oui, je comptais me recoiffer et me maquiller, au cas où je le croiserais dans les couloirs mais, c'est un garçon sans cœur alors...
    - Oh non, Ginny, ne commence pas à déprimer.
    - Si ! Et je vais manger des pots de glace avec un vieux T-shirt ! »

Cooooooombooo !

Phrase une, entendez : « je suis une ado superficielle cherchant désespérément à attirer l'attention sur mon physique au détriment de mes neurones parce que de toute façon je suis une fille depuis quand ça réfléchit les filles *gnnn*. »

Phrase trois, entendez : « je me suis tapé cent-soixante-quatorze comédies romantiques avant d'écrire ce bidule, alors compte sur moi pour ressortir le fait qu'une fille larguée ne sait rien faire d'autre que traîner sa lymphe sur le canap' ! »

Je m'arrête là car je n'ai pas envie de parler de « la divination cey tro nul heing » ou encore du « j'suis tellement une rebelz j'écris dans mon journal intime en divi wesh ».

… Quoique. Le journal intime, c'est une étape importante. Il faut parler du journal intime. Attention, c'est tragique :

« Cher journal,
Je m'appelle Ginny Weasley et tout va mal dans ma vie : je fais de la divination, matière tellement nulle que je regrette presque de ne pas être malade. En plus, le garçon que j'aime depuis toujours a embrassé une autre fille. »

WOKAY, peut-on demander séance tenante à Roméo et Juliette, Phèdre, Tristan et Yseult de quitter la pièce, merci ? On a enfin trouvé le vrai pathétique. J'en ai les larmes aux yeux. Quel cruel destin peut donc mettre une jeune fille à la merci d'un – oh ! je ne puis l'énoncer ! – un... Un cours de divination !

Mais cela serait supportable à un cœur courageux, et la jeune Ginny pourrait encore avancer contre la terrible tempête qui s'acharne contre elle si le fatum à nouveau ne s'était déclaré impitoyable ! L'élu de son cœur, son Harry, a embrassé une autre dulcinée ! Salazar, je défaille. Tant de furie contre une si jeune enfant...

(Je dédie ce passage à Jean Racine.)

Enfin, vous m'avez comprise : l'auteure parvient à faire de Miss Weasley une espèce de potiche insipide et détestable, si bien qu'on préférerait qu'elle se donne en pâture au calamar géant que de supporter encore une seconde ses jérémiades. Ginny, même si elle est peu développée dans Harry Potter, reste un personnage intelligent et attachant, qui s'évertue justement à trouver sa place en dehors de ces clichés de genre, d'âge, de relations.

 

Bon, et Sirius, sinon ? Il apparaît à la toute fin du premier chapitre (et il n'y a qu'un chapitre ! Alléluia!), dans la Salle Commune de Gryffondor. Venu pour envoyer Harry exécuter une mission de l'Ordre, il rencontre Ginny et on n'en sait pas plus et je suis persuadée que ça nous évitera un bon gros traumatisme.

Il est présenté ainsi : « Ginny, quant à elle, était rentrée dans la salle commune, elle fut très surprise d'y trouver... Sirius Black ! Elle se dit que s'il avait quatorze ans, elle sortirait sûrement avec lui ».

 

Sans plus.

 

C'est tout ce que j'ai à dire. Merci, Jack.

Outre ceci, de purs problèmes de forme empêchent le récit d'être fluide (déjà qu'il est pas intéressant, faudrait veiller à faire attention mvoyez) : des dialogues omniprésents au détriment de descriptions plus que bienvenues, nécessaires, et une utilisation de la ponctuation visiblement hasardeuse et superflue.

 

Il y a plein d'autres trucs méchants à rajouter, mais nous devons nous conformer à l'esprit de Noël (encore lui, oui) et admettre que l'orthographe de ce livre était quasiment irréprochable.

Ce qui ne constitue pas une raison suffisante pour le lire, encore moins le publier.

 

Critiquement vôtre,

Psychorigide.

 

Un article illustré par Elenwe Luthien et écrit par Selene Sambre

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