Histoire dramatique ; Une tare ?
Par Junkie le 14 juil. 2018, 13h22 - VIPère #86 - Lien permanent

J'admire cette tendance qu'ont les êtres humains à se créer des problèmes tout seuls. Depuis un moment, j'entends çà et là que beaucoup de gens ici créent leur perso RP avec plein de problèmes, comme si un enfant de 11 ans avait tout vécu dans sa vie, si bien que ça en devient ridicule, mais après recherche, je constate que ceux-là ne sont que des exceptions (en tout cas, je n'ai pas trouvé de cas aussi extrêmes). Cependant, je remarque que certains ont au moins un signe distinctif majeur dans leurs histoires, souvent -très- négatif, en général, la mort d'un ou des parents (souvent de façon brutale), leur violence et/ou sévérité, ou même leur folie, ces divergences affectant fatalement la psyché du personnage. Du coup, j'en viens à me poser cette question : faut-il qu'un personnage/une personne souffre pour qu'il/elle soit intéressant(e) ?
Avant toute chose, je préfère préciser que j'ai conscience que vous créez ce que vous avez envie, je n'émets point de jugement, j'essaie juste de comprendre ce qui amène à créer ce genre de personnage, et ce raisonnement vaudra pour tous mes futurs articles.
Question découlant fatalement de la précédente : quels sont les avantages narratifs à avoir un personnage souffrant/ayant vécu un traumatisme ? Et réciproquement, que vous apporte le fait de vous mettre des bâtons dans les roues dès la création de votre personnage ?
Bien qu'il existe un spectre infini de manières de réagir à un traumatisme, selon la psychologie, il en ressort globalement trois symptômes :
- L'instrustion, la personne le revivant intérieurement, ou à minima, il ne peut empêcher ses souvenirs de refaire surface à un moment ou un autre. (On finit toujours par repenser à ce qui nous a détruit)
- L'évitement, la personne tentant du mieux qu'il le peut de s'éloigner de ce qu'il pourrait potentiellement lui rappeler ce souvenir. (Vous connaissez tous une personne évitant les relations amoureuses suite à une grosse déception.)
- L'hyperstimulation, la personne a des difficultés à mettre à profit ses capacités et à mettre un terme à ce qu'il a commencé. (Vous connaissez tous le motivé qui ne finit jamais ce qu'il entreprend.)
Bien que le troisième point me semble trop avancé pour parler d'un simple personnage RP, celui-ci finissant fatalement par avancer, les deux autres sont extrêmement intéressants. En y réfléchissant, j'en viens de plus en plus à me dire que vous faites ça pour donner du sel à votre personnage. Par sel, j'entends, une unicité. En utilisant ce procédé de création, votre personnage vous semble unique, effectivement, comme je l'ai dit plus haut, le spectre de réaction est infini.
Il sera plus ou moins sensible, plus ou moins attaché aux autres, plus ou moins attaché à son passé, etc. Mais, si j'en crois notre ami Campbell, tout cela est vain. Pour ceux qui ne situent pas, cet homme a écrit un essai (L'Homme aux mille et un visages), où il explique que tous les héros/personnages/histoires que vous pourriez créer ont déjà existé ou existeront sous une autre forme, et que du coup, la création littéraire est fatalement limitée. Pour les tatillons, je sais que ce n'est pas ce que la théorie du Monomythe dit exactement, mais c'est ce qui en découle directement. Pour aller plus loin, on pourrait dire que l'esprit humain est lui-même limité. A sa connaissance, principalement, et que donc, sa création est elle-même limitée. En effet, comment pourriez-vous créer quelque chose ne s'inspirant pas d'une autre, ou une chose dont vous n'avez aucune connaissance ? Partant de ça, vous pourriez me rétorquer - Oui mais, dans ce cas-là pourquoi parler du négatif alors que le positif est aussi englobé dans ce que tu racontes ? - pour la simple et bonne raison que j'ai vu beaucoup plus de négatif dans les histoires RP ou dans les livres que de choses positives. Il faut un point de départ à une histoire, si vous avez des souvenirs du collège (ou que vous y êtes encore), on vous apprend qu'une histoire naît car il y a, je vous le donne en mille : un élément perturbateur, la plupart du temps, celui-ci étant négatif et créant un certain déséquilibre envers le personnage, l'obligeant à le résoudre pour améliorer sa condition (et éventuellement celle du monde). Par exemple, Frodon doit détruire l'anneau pour détruire Sauron, ou encore Winston et Julia tombent amoureux et créent une relation interdite, dans laquelle ils vont tenter de rejoindre la Fraternité pour combattre la suprématie de Big Brother et espérer pouvoir vivre heureux. Du coup, est-ce un mal de créer un personnage ayant un traumatisme, si celui-ci n'est pas caricatural et peut améliorer sa condition ? De la même façon, les personnes créant un personnage totalement neutre ou heureux ont-ils un réel intérêt à le faire ? L'intérêt naît-il dans le malheur ?
Dans le cadre de la fiction en tout cas, une chose est sûre : oui, l'intérêt naît dans le malheur. Pas exclusivement, bien sûr, mais avec ça, vous êtes sûrs de ne pas vous tromper. Pour étayer mon propos, pensez à n'importe quelle histoire. Vous pouvez être sûrs à 99% qu'à un moment ou un autre, quelqu'un finira par souffrir, peu importe comment, ça arrivera. Sinon de vous à moi, il faut se l'avouer, on s'ennuierait beaucoup. Qui, ici, a honnêtement envie de lire les histoires où tout va bien tout le temps ? Les histoires d'amour mielleuses où jamais ils ne se sépareront, car rien ne peut leur arriver ? Les histoires où le héros réussit tout ce qu'il fait sans effort et sans que ça ne lui pose aucun problème ? Personne, on est bien d'accord. Cela n'aurait absolument aucun intérêt. Sauf dans un cadre caricatural, bien évidemment.
Du coup, finalement, que le héros souffre maintenant, ou avant, ou plus tard, cela revient au même, cela finira forcément par arriver, et ça arrivera encore, et encore, et encore. Mais du coup, pourquoi cela nous fascine-t-il tant, si bien qu'on en mette dans toutes les histoires ? Je pense simplement à une chose : le malheur bouscule notre quotidien, il nous apprend des choses, nous permet de nous créer intellectuellement parlant, tandis qu'au contraire, le bonheur, nous stabilise, mais ne nous permet pas d'avancer. On navigue sur les mêmes flots, on voit la même mer, tout le temps, tous les jours, mais nous n'apprenons rien.
Rédigé par Junkie, illustré par Hellia.
Commentaires
J'adore ton article, peut être parce que je me sens très impliquée (a) (la fille qui vient de faire mourir le petit frère de son personnage)
Effectivement je pense que c'est pour mettre un peu de sel, mais aussi de creuser le personnage, et peut être aussi tout simplement pour me compliquer la vie, car on aime ça ahah
En tout cas j'adore ta reflexion dessus et je me suis retrouvée dans plusieurs petites choses
Le sujet est interessant. Je te conseille de rajouter du gras, des couleurs, etc... pour les prochains article parce que là ça donne absolument pas envie de lire et le texte est pas très aéré